Ma première journée (suite) "La classe et les élèves"

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Je place les tables de la classe en forme de U pour que tous soient au premier rang et pour éviter que cela ressemble trop à une classe de l’école traditionnelle. Les adultes que j’avais dans mon cours avaient été sélectionnés par un autre organisme. L’objectif de cet organisme était de faire en sorte que la formation favorise l’insertion au travail. Cela avait comme conséquence que le lien entre les élèves était le fait d’avoir de la difficulté à se trouver un emploi et non le goût nécessairement de faire de l’ébénisterie. C’était un cours qui se donnait au bon moment pour eux pour recevoir ou continuer à recevoir des prestations. Si en plus, le cours était intéressant, tant mieux dans la mesure ou le prof ne serait pas trop exigeant.

Lorsqu’ils se sont présentés en classe, j’ai constaté l’hétérogénéité des élèves. L’écart en âge entre le plus jeune et le plus vieux était d’une quarantaine d’années. Il y avait trois femmes et douze hommes. Après les présentations, je me rends compte qu’ils ont tous la même opinion de l’école, " c’est plate, c’est long, on n’apprend rien et on va échouer ! »

Pour une bonne partie des participants, l’école avait été synonyme d’échec. Je parlerai dans une autre chronique des caractéristiques des élèves et de l’importance de les considérer.

Mon groupe d’élèves était composé d’un retraité, de deux détenus, d’un jeune garçon qui venait de quitter l’école et de son père, d’un couple, de trois en désintoxication, d’un menuisier, d’un entrepreneur, d’un maçon, d’un artiste et d’une personne handicapée (dystrophie musculaire).

Une première habitude à prendre c’est de prendre les présences chaque matin. C’était une règle stricte à laquelle  le directeur avait insisté, car l’organisme qui commanditait la formation donnait les prestations aux participants selon leur présence au cours. Si l’élève était absent, il n’était pas payé.

Cela semble simple et clair au départ et on ne saurait pas imaginer que cela puisse créer des problèmes. Peu de temps après les premiers jours, j’ai été averti par deux de mes élèves que si jamais je les mettais absent, j’allais avoir de graves problèmes. C’est délicat d’avoir le pouvoir de jouer avec le pain et le beurre de personnes. Cela m’a aidé plus tard à comprendre le lien qu’il y avait entre les parties du cerveau. Au moment où j’essaie d’activer, comme enseignant, le cortex de mes élèves plusieurs d’entre eux sont en état de survies, ce qui fait en sorte qu’ils gèrent les situations à partir de leur reptilien et de leur limbique plus qu’à partir du raisonnement que  leur procure le cortex.

Comprenez bien que cela ne fût pas ma compréhension du moment. Ce n’est que bien plus tard que j’ai fait ce lien. Sur le moment, moi aussi j’étais plus reptilien que cortical. D’ailleurs, ma pression en témoignait. Non seulement je devais gérer le stress d’essayer de faire une profession que je ne connaissais pas, je devais gérer les intimidations de la part de mes élèves. Je vous rappelle que j’étais le plus jeune et le plus petit de la classe et j’étais le prof. Je me remémorais une maxime de mon oncle ; « Ce n’est pas parce que nous sommes plus forts qu’un cheval que l’on peut le dompter, mais c’est parce que nous sommes plus intelligents que lui !

Après les présentations, les tâches administratives et le jaugeage de la situation, je me suis senti comme le capitaine Kirk dans StarTrek. J’étais en train d’explorer des mondes nouveaux et étranges, de découvrir de nouvelles formes de vie et je m’aventurais dans les recoins les plus éloignés de la galaxie. C’était parti !

J’anticipais que ma journée se passerait en échanges et en discussions sur l’ébénisterie. Les échanges seraient conviviaux de part et d’autre. Malheureusement, les élèves étaient en mode attente. Je parlais et il ne se passait rien, pas de réaction et pas de question, que des yeux qui me disaient " de quoi y parle? ".

À suivre …

Ma première journée ( L’immersion )

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C’était un lundi matin d’octobre. Je me dirigeais vers le CFP (centre de formation professionnelle) qui appartenait à la CFP (commission de la formation professionnelle) où le MEQ (ministère de l’Éducation), par l’intermédiaire du service de l’éducation aux adultes de la commission scolaire, avait la responsabilité de la formation commandée par le ministère du Travail pour répondre aux besoins de la main-d’oeuvre.

Je n’ai pas compris cela tout de suite, mais après un certain temps ce fût nécessaire pour être en mesure de situer la source de certains problèmes et de trouver des solutions. La sélection des élèves, l’absence de programme en bonne et due forme, l’inadéquation des espaces et des équipements, l’évaluation des apprentissages, l’assiduité des élèves et les budgets représentaient quelques éléments que j’ai dû gérer, car elles avaient des incidences directes sur mes tâches d’enseignant. Mais je ne le savais pas encore.

J’avais un directeur très gentil dont la règle était " Pas de nouvelle, bonne nouvelle ". Cela voulait dire que si je ne lui parlais jamais de mes problèmes j’étais un bon enseignant. À l’inverse, si je ne l’écoutais pas me parler de ses problèmes, j’aurais des problèmes.

J’arrive donc au CFP pour prendre possession de ma classe et de mon atelier. La classe est conventionnelle avec ses tables et ses chaises, son tableau vert, son rétroprojecteur, qui était une innovation technologique à l’époque, et mon bureau de prof. La classe est située en surplomb par rapport à l’atelier.

L’atelier avait un lien avec l’ébénisterie que par l’odeur du bois. Les équipements tenaient plus du bricolage que d’un atelier professionnel. Cela prendra quatre ans avant que cet atelier soit équipé convenablement. Les établis étaient en nombre suffisant, mais ils étaient plus en lien avec un atelier d’électricité. Il n’y avait pas de salle de finition, ni de bois d’ailleurs pour commencer le travail. Je ne savais pas qu’en plus d’enseigner je devais faire les achats, aménager l’atelier, entretenir les outils, installer les équipements, finalement être comme le propriétaire d’un atelier d’ébénisterie. De toute évidence, ce n’était pas aujourd’hui que nous allions travailler à faire des meubles. Tout allait se passer en classe.

Le directeur me fait les salutations d’usage et me présente à la secrétaire. Je me suis rendu compte qu’il y a toujours une personne dans une école, une secrétaire en général, qui est l’âme, le cerveau, l’organisatrice et le cœur de cette école. Dans mon cas ce fut Manon. Je vais vous en parler à plusieurs reprises, car c’est un personnage incontournable. Je suis certain que tout prof dans un centre de formation connaît une Manon qui l’aide à résoudre tous ses problèmes. Elle devient son âme sœur professionnelle pour ne pas dire sa seule bouée de sauvetage qui va l’aider à ne pas se noyer. Je pense que plusieurs profs qui ne survivent pas à leur premier moment d’enseignement n’ont pas pu rencontrer leur Manon.

À suivre …

La gestion de classe/atelier

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La gestion de classe est un élément clé que l’enseignant doit pouvoir contrôler pour faciliter les apprentissages des apprenants. Il faut considérer qu’en formation professionnelle la gestion de classe, étroitement liée à la relation d’enseignement, ne doit pas être abordée exclusivement, comme c’est généralement le cas, comme l’établissement des règles, règlements pour contrôler les comportements des élèves.

Je considère la gestion de classe comme l’articulation de la stratégie didactique dont le but est de favoriser le processus d’apprentissage et non de contrôler les apprenants. Il va de soit que nous ne pouvons pas tout contrôler dans la classe. Chacun des groupes que vous avez est différent. Chacun des groupes a sa propre dynamique. Une situation d’enseignement/apprentissage est une situation incertaine qui demande un jugement critique de la part du professeur. Ce n’est pas parce qu’une partie de ce qui se déroule dans une séance appartient à une dynamique particulière que l’ensemble de ce qui va se passer est imprévisible et incontrôlable.

Le but de la gestion de classe/atelier est de contrôler ce qui peut l’être pour ainsi se libérer du prévisible pour pouvoir se concentrer et faire face à la dynamique, moins prévisible, propre à chaque séance de formation.

Pour vous aider, je vous propose dix composantes qui couvrent la gestion de classe et que vous devez contrôler le plus possible. Comme le spécifie Legendre (2005) la gestion de classe est là pour orienter et maintenir les élèves en contact avec les tâches d’apprentissage à faire réaliser.

L’absence ou le faible contrôle de l’un ou l’autre de ces éléments va nécessairement perturber le déroulement de votre planification et va avoir des conséquences importantes soit sur le temps ou vos relations avec vos apprenants. La question à vous poser est, comment vous faites pour avoir le contrôle de chacun de ces éléments?

Nous y reviendrons …

Susciter le désir d’investir des efforts

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Apprendre c’est faire des efforts. Faire apprendre c’est susciter, chez l’apprenant, le désir d’investir les efforts nécessaires pour pouvoir réaliser les apprentissages. Que fait le conseiller financier lorsqu’il vous propose d’investir de l’argent dans tel ou tel objet d’investissement ? Il vous informe et vous indique les avantages d’un tel investissement. Lorsque vous prenez conscience des résultats possibles, vous mesurez le risque pour décider si le jeu en vaut la chandelle et que vous aurez un rendement satisfaisant.

Pour l’apprenant, c’est la même chose. La première question à se poser est si vous êtes un bon conseiller, non pas financier, à l’apprentissage. Combien d’apprenants sont en mesure de décider consciemment d’investir dans les apprentissages que vous leur proposez ? Comme vous le feriez vous-même, lorsque le rendement est incertain et le risque de perte est grand et bien vous n’investissez pas.

L’effort, qui est le moteur, oscille entre le besoin et le désir d’apprendre. L’énergie, qui est le carburant, permet de mettre en oeuvre la décision de faire des efforts. Lorsque vous constatez une bonne affaire où il serait intéressant d’investir et que vous avez pris la décision de prendre le risque, il faut que vous possédiez de l’argent pour concrétiser votre décision. Du même ordre l’apprenant sans énergie ne peut mettre en oeuvre sa décision d’apprendre. L’énergie est de deux ordres. Il y a l’énergie motrice et l’énergie motivatrice.

La façon de se nourrir, la forme physique, la santé, le sommeil suffisant constituent les éléments clés pour pouvoir avoir l’énergie motrice suffisante pour mettre en oeuvre sa décision d’investir les efforts pour apprendre. Mais là encore, ce n’est pas suffisant. Ce que je nomme énergie motivatrice est également un élément nécessaire. Sans la motivation il n’y aura pas d’effort. La motivation peut être déclenchée par deux raisons. La première est en lien avec le besoin d’apprendre. La deuxième est en lien avec le désir d’apprendre.

Mes anciennes études en géographie m’ont appris que dans la nature les êtres vivants ne peuvent faire plus d’effort que le besoin auquel cet effort répond. En mots simples le lion ne peut dépenser plus de calories que ce qu’il pourra recueillir de ses proies. Je pense que pour l’humain il y a un peu de cela. On ne fait pas plus d’effort que le besoin auquel cela répond.

Le défi de celui qui fait apprendre est de créer des situations d’apprentissage où l’apprenant pourra constater que cela répond à un besoin qu’il a ou encore que le design de la situation ou son intrigue suscite, chez lui, le désir d’aller plus loin que son besoin.

La prochaine fois je vous présenterez une situation d’apprentissage qui exploite le besoin et une autre qui suscite le désir.

Un petit jeu pour comprendre les tâches d’un enseignant

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Séquences d’ens

Enseigner est une profession complexe quand cette dernière a pour objectif de faire apprendre et faire développer une compétence professionnelle.

Je vous offre ce petit jeu. Les cartes représentent les différentes tâches clés d’un enseignant. Ces tâches couvrent l’ensemble de sa fonction. Il va de soi que ces tâches, pour être réalisées, font appel à une variété de pratiques qui font en sorte que l’enseignant compétent s’adapte à la situation d’enseignement. Ces tâches s’appliquent, peu importe le type de formation. Si vous êtes formateur, enseignant, moniteur ou autres. Que vous offriez des formations de trois heures, trois jours, trois semaines, de trois mois ou plus, vous avez les mêmes tâches à réaliser. La prise en compte et la capacité de gérer ces tâches et de prendre les bonnes décisions font la différence entre l’amateur et le professionnel.

Je vous indiquerai l’ordre que je propose dans une communication subséquente.

Amusez-vous bien !

Éléments à risque de perturbation du processus d’apprentissage

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Je suis à construire un outil didactique qui permettra d’interagir avec un enseignant ou un formateur en formation pour l’amener à se construire une représentation fonctionnelle des situations d’enseignement qu’il aura à gérer. J’ai identifié cinq composantes à considérer pour être en mesure d’agir. L’apprenant, l’objet d’apprentissage, la finalité de la formation, l’intention de la formation et le lieu constituent ces cinq éléments. L’élément le plus dynamique à gérer dans une situation d’enseignement ce sont les caractéristiques des apprenants. Pour organiser une formation, il faut être en mesure de réfléchir sur les mesures d’atténuation à mettre en place de façon préventive pour diminuer les risques de perturbation des apprentissages.

J’ai élaboré un petit jeu de cartes où l’enseignant peut choisir les caractéristiques des apprenants qu’il désire considérer et par la suite il s’agira d’élaborer les moyens ou des stratégies pour atténuer les effets de ces caractéristiques. Cette liste de caractéristiques n’est pas exhaustive, mais elle représente ce que j’ai pu recueillir jusqu’à maintenant sur les éléments qui pouvaient venir perturber le fonctionnement d’une formation si nous ne les considérions pas.

Vous devez penser autrement!

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Faire apprendre a toujours été une tâche complexe. Il allait de soit qu’anciennement les pratiques étaient basées sur des croyances plutôt que sur des connaissances scientifiques. Même aujourd’hui, où la science a fait augmenter de façon très importante l’éducation, les croyances sont encore tenaces. Des croyances, par exemple, qui portent à croire qu’un élève docile est un bon élève, que la discipline est garante du respect, qu’il est nécessaire que le professeur énonce les savoirs pour qu’ils puissent être appris, qu’un élève qui écoute est en train d’apprendre, que les notes sont nécessaires pour motiver les élèves, que sans les notes il n’est plus possible de contrôler la classe, que les professeurs sévères sont les meilleurs, etc. À une certaine époque pour réaliser la fonction d’enseignant ou de formateur il fallait surtout avoir une bonne morale, un peu de talent, de l’endurance, de l’autorité et quelques connaissances sur la matière à enseigner.

Je désire, cette année, continuer à faire avancer concrètement les pratiques d’enseignement favorables au développement des compétences. Ma démarche va faire en sorte de proposer de nouvelles pratiques qui j’espère seront devenir novatrices. Nous allons ensemble penser autrement. Au lieu de partir des problèmes à résoudre, je vous propose de faire en sorte d’éviter de vivre les problèmes. Lorsque je demande à mes étudiants de m’exprimer des problèmes qu’ils vivent lorsqu’ils donnent des cours, je me rends compte que ce sont généralement toujours les mêmes problèmes qui reviennent. Pourquoi il faut attendre que le problème se présente pour le résoudre ? Étant donné que nous connaissons les problèmes, il s’agit de faire en sorte de ne pas les revivre perpétuellement.

Je désire traiter de deux volets avec un regard différent. Le premier volet consiste à aborder de façon préventive la résolution de problèmes associée à l’enseignement. Le deuxième volet touchera la didactique ayant pour finalité de résoudre des problèmes vécus par les apprenants pour ainsi faciliter l’apprentissage.

Je débuterai mes réflexions par le volet de l’enseignement. Vous constaterez que j’aborde l’enseignement par six angles différents, figure suivante, à ce que nous sommes habitués de lire dans des textes sur la gestion de classe et l’enseignement. Je traite de l’enseignement comme tout ce que l’enseignant met en place pour favoriser ses relations avec les apprenants et les relations de l’apprenant avec lui. Ce volet me semble à la base du déroulement serein d’un milieu d’apprentissage. Par la suite je traiterai, avec le volet didactique, des ressources, instruments et environnements à concevoir, fabriquer et mettre en place pour faciliter les apprentissages des apprenants.

Je vais vous proposer, dans mes articles à venir, ma représentation des concepts associés aux questions que je me pose et aux solutions que je propose. Six questions seront à l’origine de mes réflexions :

À partir de la relation d’enseignement :

1. Comment amener les apprenants à fournir les efforts nécessaires aux apprentissages?

2. Comment adapter le rythme d’apprentissage des apprenants au cheminement de la formation?

3. Comment donner accès, aux apprenants, au langage et à la culture professionnels?

4. Comment disposer et faire adhérer les apprenants au processus et à la finalité de la formation?

5. Comment favoriser la réussite des objectifs, des intentions et du but du programme?

6. Comment exploiter les différents styles d’apprentissage des apprenants?

Je vous invite à échanger et à proposer des problèmes qui relèvent de la relation d’enseignement pour qu’ensemble nous puissions mettre en place une communauté de pratiques novatrices en enseignement professionnel.


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La revue Technigogie est publiée par mon centre de recherche. Chaque  parution est associée à une thématique. Cette dernière parution traite des méthodes d’enseignement en formation professionnelle. Vous pouvez feuilleter cette dernière à l’adresse suivante «www.supor.org/Book/technigogie8». Cette revue s’adresse aux acteurs de la formation professionnelle, technique ou en entreprise. Elle donne la parole aux praticiens, aux professionnels et aux chercheurs. Il y a deux parutions par année, une à l’automne et une au printemps. Ceux qui veulent contribuer au contenu sont les bienvenues. Vous pouvez avoir plus d’information sur le site «www.technigogie.com». La revue ne comporte pas d’annonces. Elle ne pourra survivre que par l’intérêt de ses lecteurs et les abonnements.

Merci de votre intérêt!

L’autruche, le magicien et le compétent

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C’est à croire qu’en formation professionnelle tout est toujours à recommencer. Un sage a déjà dit que si nous ne connaissons pas notre histoire nous sommes condamnés à revivre nos erreurs. C’est malheureusement le cas en formation professionnelle. Sans me prendre pour Lafontaine j’ai voulu emprunter à son style pour présenter un titre de fable.

Ici l’autruche symbolise la population en général, le magicien représente les personnes qui veulent manipuler ou créer des illusions à l’autruche et le compétent est celui qui sait, la référence, mais on ne le connaît pas. Je vous laisse trouver qui sont symbolisés par le magicien illusionniste.

Plusieurs actions, constatations, décisions, événements et réactions m’amènent à constater que la formation professionnelle et technique est sur le point de vivre un virage et pas des meilleurs. Il y a eu une consultation provinciale dans les derniers mois sur l’adéquation formation main-d’oeuvre. Depuis quelque temps nous constatons également un désengagement du ministère de l’Éducation envers la formation professionnelle par des transferts de responsabilités et des coupures budgétaires importantes.

De plus, des décisions à courte vue sont prises dans les commissions scolaires en ce qui a trait à l’intégration de plus de jeunes en FP, d’élèves en difficultés et de décrocheurs. Au niveau collégial il y des pressions pour faire diplômer les étudiants plus rapidement. Des enseignants me parlent des nouvelles clientèles en formation professionnelle, les élèves en difficultés n’ayant pas les préalables ou ayant des troubles d’apprentissage. Le ministère de l’Éducation ne fournira plus les tableaux de spécification pour l’évaluation en reconnaissance des compétences. La responsabilité de l’élaboration des programmes sera dévolue aux commissions scolaires. La rationalisation des programmes en FPT par souci d’économie. La remise en question de la formation des enseignants, car elle semble trop longue. Etc.

Les astres s’alignent pour un nouvel affront à la formation professionnelle. Les magiciens savent que les autruches sont facilement influençables et qu’elles ont tendance à se mettre la tête dans le sable pour ne pas voir la réalité. C’est pour cela que le magicien utilise, comme dans le passé, de bonnes intentions pour donner l’illusion que c’est la vertu qui le motive. Oui, la vertu de l’intégration des élèves en difficultés, des passerelles pour éviter les culs de sac, de la rationalisation pour mieux gérer les ressources, de l’adéquation avec le marché du travail, de l’augmentation des jeunes en formation professionnelle, de la reconnaissance des acquis, de la formation continue en entreprise, de la qualification en entreprise, de la diplomation en entreprise, de la mondialisation des marchés, de l’économie du savoir, de la pénurie de la main-d’oeuvre ou encore, les mots qui éliminent toute objection, en utilisant le raccrochage, la persévérance et la réussite scolaire.

La table est mise pour le grand banquet comme lors de la réforme Parent, dans les années soixante, où la formation professionnelle, qui était un modèle à l’époque, pour de bonnes intentions ou un intérêt supérieur, a été intégrée aux polyvalentes, accessoirement pour se les payer. Cela aura pris vingt-cinq ans pour remettre la FP sur les rails avec la réforme de 1986, avec Claude Ryan et  Jacques Henry, en proposant l’approche par compétences et la construction de nouveaux établissements que nous appelons centres, anciennement les écoles de métier. Cela fait vingt-cinq ans que la réforme de la FP a été initiée, il est temps pour ses démons de réapparaître. Le système scolaire est tanné de tourner en rond avec ses élèves qui ne fonctionnent pas dans le modèle scolaire. Il est maintenant temps de mettre les pendules à l’heure et de rappeler à la FP ses devoirs. Finalement, ce n’est pas si compliqué d’être un mécanicien, une secrétaire, un vendeur, un soudeur ou un usineur. Pour qui se prend la formation professionnelle en exigeant une bonne formation de base aux élèves pour pouvoir devenir des ouvriers autonomes et compétents?  Fini le chichi, la FP c’est la soupape pour intégrer tout le monde quoi qu’en dise ses artisans. Si les programmes sont trop exigeants, que cela ne tienne, nous allons laisser les milieux fabriquer les programmes. Si les examens sont trop difficiles, que cela ne tienne nous allons leur laisser le loisir de fabriquer les examens. Il n’y a plus de problème, la FP sera remise à sa place et l’autruche est contente, elle n’a rien vu passer, le magicien était habile. L’autruche ne se pose plus de question, l’illusion est complète, la FP revient à son point de départ. Ses professeurs vont se transformer d’expert d’une discipline à orthopédagogue, magie, ou en travailleur social, remagie, tout en relevant les défis de l’économie du savoir sans perfectionnement, reremagie.

Nouvelle attaque, d’autres magiciens apparaissent lorsque certaines autruches se questionnent sur l’insertion professionnelle des élèves. Voyons donc, apprendre un métier ce n’est pas à l’école que tu apprends cela, c’est sur le tas dans l’entreprise pour devenir un bon travailleur productif, pour être en mesure de faire face à la compétitivité. T’apprends ton métier directement en entreprise et on va te donner ton diplôme en même temps, c’est t’y pas beau ça!

Comment des formateurs en entreprise vont-ils pouvoir faire cela? Magie. Comment s’assurer que les diplômes auront la même valeur? Remagie. Comment s’assurer que l’on ne formera pas seulement un travailleur pour une entreprise plutôt qu’un citoyen maître de sa compétence? Reremagie.

La formation professionnelle, pour l’autruche c’est un pis aller. Des jeunes intelligents ça va à l’université. Tu vas en FP quand tu ne peux pas aller ailleurs.

Vous allez me demander que fait le compétent dans l’histoire? Il fait son possible il essaie d’expliquer, de comprendre et d’intervenir, mais il n’est pas magicien. Pendant qu’il développe ses compétences le magicien développe la mystification et l’autruche ne peut voir la différence entre quelqu’un qui sait et quelqu’un qui la manipule.

L’autruche finit par croire le magicien, car il lui dit ce qu’elle veut entendre!

La poule ou l’oeuf? (Immersion et insertion professionnelle des profs en FP)

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Voici une présentation que je viens de faire au congrès de la TREAQ-FP (Table des responsables de l’éducation des adultes et de la formation professionnelle des commissions scolaires du Québec).

L’atelier portait sur : «L’accompagnement des nouveaux enseignants en formation professionnelle en deux temps : période d’immersion et période d’insertion professionnelle ».

Un constat important porte sur le fait qu’il n’y a pas un soutien aux enseignants proportionnel à l’importance de demander à une personne d’apprendre son métier d’enseignant sur le tas. Nous devrions être en mesure de fournir au nouvel enseignant en immersion des modèles pédagogiques et didactiques qui l’amèneront à comprendre les pratiques pédagogiques de l’établissement de formation, par la suite de comprendre les fondements et finalement de fonctionner de façon autonome et professionnelle.

Pour ce faire, il faut de l’accompagnement. Là encore, nous nous retrouvons, de façon générale, avec un conseiller pédagogique qui a appris sa profession de conseiller sur le tas après avoir appris son métier d’enseignant sur le tas. Je pense, pour faire face aux défis de l’avenir en formation professionnelle, qu’il faut arrêter de tourner en rond et de penser que la profession d’enseignant à quelque chose de génétique plutôt que scientifique, « tu l’as ou tu l’as pas ».

De l’accompagnement pour appliquer la vision des pratiques de formation du milieu et des instruments pour en comprendre l’application. Mais pour être en mesure de relever ce défi, il faut placer notre questionnement plus loin que de remettre en cause le baccalauréat des enseignants. La finalité de cette formation ne devrait pas être remise en question. Ce sont plutôt les modalités.

Une suggestion touche l’accessibilité de la formation pour tous. Les conseillers pédagogiques en formation professionnelle devraient être la référence des établissements de formation en ce qui a trait à la pédagogie et aux pratiques mises en oeuvre dans les milieux. Pour ce faire, il faut les reconnaître comme telles et les former en conséquence pour les diplômer et les utiliser comme formateur d’enseignants de première ligne. Ce sont eux qui les accueillent et les accompagnent. Ce sont eux qui devraient recueillir le patrimoine culturel des pratiques d’enseignement propres à la vision et aux objectifs du centre. C’est ce que Le Boterf nomme les compétences collectives. Malheureusement, ce n’est que rarement le cas. Ce sont eux qui devraient avoir la charge officielle de faire les premières formations et qualifier les enseignants dans leurs premières pratiques.

C’est par la formation que nous serons en mesure de faire face aux défis de la formation professionnelle et de la main-d’oeuvre. Il faudrait tout de même croire à notre credo, c’est ce que nous disons à nos étudiants. Nous sommes les milieux de formation les plus importants et c’est nous qui formons le moins, de façon continue, nos personnels. C’est tout de même un paradoxe sur lequel il faudrait, en plus d’y penser, agir avant de nous le faire mettre sur le nez.

Enseigner ce n’est pas de la magie et cela ne relève pas d’une génération spontanée. On ne vient pas au monde professeur, contrairement à une certaine époque où l’on parlait de vocation. Enseigner c’est une profession complexe qui ne s’apprend plus sur le tas. On n’oserait jamais demander à un futur médecin de commencer à pratiquer et ensuite aller se faire former. Il ne serait même pas acceptable qu’il se forme au même moment où il travaille, pourtant c’est ce que nous demandons à nos nouveaux enseignants. Même si vous me dites que ce n’est pas pareil, il y a quand même certaines similitudes, le fait de jouer dans le cerveau de nos futurs travailleurs par exemple!

Suite à venir, ce n’est qu’un début …

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